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Le shopping, arme de destruction massive ?


Elle a le sourire en bandoulière et l’accent charmant mais il ne faudrait pas qu’elle nous fasse oublier qui nous sommes. Cristina Cordula est la nouvelle coqueluche des femmes sur M6, nous dit-on. Quelles femmes ? Il semble encore une fois que nous soyons la cible des clichés, ceux-là même que nous tentons à toute force d’éradiquer depuis des années et, comme la femme est la meilleure ennemie de la femme, nous voilà bien servies.

Ainsi, l’animatrice/relookeuse nous propose-t-elle le retour de son rendez-vous télé autour du shopping. Rien de bien alarmant en réalité (qui a dit qu’il nous fallait jeter nos frusques à la corbeille pour être prises au sérieux ?) mais son discours l’est davantage.
Ses minauderies donnent une image désastreuse de la femme, insistant inutilement sur ces soi-disant penchants futiles et comportements puérils que les hommes nous prêtent en riant : « Les femmes pensent 90 fois par jour au shopping, assure-t-elle, c'est incroyable mais c'est vrai ! »

Avec "Les reines du shopping", Cristina Cordula propose aux téléspectatrices de se repaître des aventures de concurrentes prêtes à tout pour décrocher un chèque de 1000 euros « et comme elles veulent cet argent pour refaire du shopping, eh bien, elles sont méchantes ! Ce sont des filles, vous imaginez bien que ça se frite pas mal.», dit-elle. Et, oui, comme ce sont des filles…


  • Et de promettre du crêpage de chignon et pourquoi pas du sang ?


Ici, les participantes se jaugent, se jugent, se moquent et se ridiculisent : « On dirait un sac-poubelle »; « Ca fait garce »; « Ote ce blouson en cuir, tu n'as plus 30 ans »; « Ses chaussures ? A la rigueur pour sortir le chien! » Sans même s’imaginer qu’elles sont les dindes de la farce. Ces dindes que nous ne parvenons pas à faire oublier même à grands coups de lois pour l’égalité homme-femme, de conférences sur la mixité, de communiqués chiffrés sur la nécessaire parité, et d’heures d’énergie dépensées à s’efforcer de faire comprendre que nous sommes à la hauteur du sceptique sexe masculin.

Je n’ai jamais milité pour que les femmes deviennent des clones de leurs homologues masculins. Rien ne nous oblige à nous rendre transparentes pour prouver nos compétences, autrement dit : on peut apprécier les sacs à main et le rouge à lèvres sans pour autant laisser notre cervelle au placard. Mais il est des concepts, des réflexions, qui nous réduisent encore et toujours à cette image simpliste de femme-objet aussi has-been qu’hasardeuse.

Hélas ! et c’est là que le bât blesse, l’émission aurait battu des records d’audience lors de la première saison. Auprès de qui ? Certainement pas des femmes qui ne veulent plus être considérées comme des potiches, simples figurantes dans une société où les stéréotypes ont la vie dure. Mais de celles, sans doute, que l’on continue d’enfermer dans cette terrifiante case, disons cellule, de « la ménagère de moins de 50 ans ».
N'est-il pas grand temps d’en scier les barreaux ?