enregistrerfermerprécédentsuivant
zoom

Etre belle et parler rugby,

est-ce bien raisonnable ?


La sueur et les biscotos, la boue et les 3e mi-temps : un monde de mecs ? C’est oublier un peu vite que l’équipe de France de rugby à XV féminin existe depuis 1982 où lors de son premier match officiel à Utrecht la France a défait la Hollande. Mais pourquoi je vous dis ça ? Parce qu’une simple phrase prononcée dans mon salon prouve qu’il est terriblement difficile d’aller contre les stéréotypes qui, jour après jour, continuent de nous affaiblir et de nous faire passer pour ce que nous ne sommes pas.

Ainsi ai-je récemment accueilli des copains de mon fils de 14 ans qui, tous devant la télévision, s’exclamèrent soudain en chœur en découvrant la présentatrice de " Jour de Rugby " sur C+ : « C’est pas possible qu’elle s’y connaisse en rugby, elle est trop belle ! » Elle, c’est Isabelle Ithurburu et c’est vrai qu’elle est belle. La voici donc considérée dans l’inconscient collectif comme une jolie potiche, agréable passe-plat, sexy touch du sport gonflé à la testostérone.
Et elle a beau revendiquer « une ligne anti-pouf », vouloir « prendre le contre-pied de la fille jolie et superficielle », reste qu’elle demeure victime de perceptions erronées et même d’une certaine fausse mansuétude qui va jusqu’à faire d’elle un sujet d’émission dans les médias : « Télé : les femmes ont pris le pouvoir dans le sport » nous dit-on.

  • Quel pouvoir ?


Un autre visage de ce sport à la télé, Nathalie Iannetta, jugeait dernièrement sexiste une catégorie « journaliste-présentatrice de sport » dans le cadre d’une remise de prix télévisuels et répondait vertement à Bernard Lacombe, conseiller du patron de l’OL qui disait : "Je ne parle pas de football avec les femmes. Qu'elles retournent à leurs casseroles et ça ira beaucoup mieux" par un tweet anti-cocotte… Voila qui est fait.

Depuis la naissance de mes enfants, je m’efforce de leur apprendre de ne pas penser en fonction des clichés, des poncifs et autres lieux communs mais il faut croire que l’éducation seule ne suffit pas. Tant qu’une véritable prise de conscience collective dans la société n’aura pas lieu, il sera difficile d’envisager cette révolution des mentalités nécessaire à une égalité homme-femme que d’aucuns considèrent comme un vieux combat déjà gagné :
« Circulez, y a rien à voir ! ».

Et les femmes, hélas !, en sont pour quelque chose. Si Isabelle Ithurburu nous affirme que « Canal+ met des femmes à l’antenne, pas pour faire joli mais par esprit de légitimité, de crédibilité », elle a tort de considérer que
« ça va prendre des années avant qu'on nous mélange aux hommes, qu'on nous considère comme leurs égales, mais ça avance bien. » Car ainsi, elle valide le fait que nous ne sommes pas encore prêtes à prendre les rênes de nos existences et elle conforte les hommes, mais aussi les femmes, dans l’idée que l’heure n’est pas encore venue de rééquilibrer la balance. C’est ce qu’on appelle casser le jeu.
En savoir +
En savoir +