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Mais pourquoi vouloir mordre la poussière ? (3/3)


Boxe, CrossFit, ultra-trail ou encore rugby, aujourd’hui les femmes sont de plus en plus nombreuses à truster des sports habituellement chargés en testostérone. Se battre, s’abîmer, se dépasser… elles revendiquent le « no limit ».
Surtout si ça fait « mâle ».


Sport mixte, le CrossFit serait selon Fred - propriétaire à Cergy dans le Val-d’Oise d’une « box », comme on appelle les salles de cette activité qui mêlent haltérophilie, gymnastique et cardio - un endroit quasi asexué où les femmes ne sont pas sous domination masculine : « On va avoir des filles très sportives qui ont toujours eu l’habitude de la performance, d’autres attirées par la possibilité de faire la même chose que les hommes, mais quand le chrono est lancé, tout le monde est au même niveau. Que l’on ait de la force ou pas, on est ici face à l’ensemble des qualités physiques de l’être humain. Le mérite n’est pas la performance dans la charge qu’on va soulever mais dans la possibilité d’aller toujours plus loin. »

  • Ce qu'on a dans le ventre


Aller toujours plus loin, un leitmotiv chez ces filles désireuses de montrer ce qu’elles ont dans le ventre. Mais qu’est-ce qui les pousse à vouloir mordre la poussière ? « Le fait qu’elles sont tout le temps cadrées, limitées, analyse Fred. Dans le dépassement de soi, plus de mesure, on donne tout ce qu’on a sans jugement. Et ici, personne ne va te regarder pour savoir si tes yeux sont bien maquillés ou si tu as mis du rouge à lèvres. Les clichés explosent car tu dois être dans le moment. Tu ne penses qu’à dompter la souffrance, tu termines en nage, parfois sale. Mais peu importe. »

L’idée de devenir une autre l’espace de quelques heures semble également séduire les femmes en quête d’adrénaline : « Dans la vie, je suis plutôt quelqu’un de posé, de patient. Mais quand je mets mes crampons et mon protège-dents, je ne suis plus la même. Je ne me reconnais pas et j’adore ça », dixit Alice Varela, banquière au total look féminin en dehors des matches et des entraînements. « Personne ne peut imaginer que je fais de la boxe à l’extérieur, confie Sandrine, je suis féminine dans ma façon de marcher, de parler, de m’habiller… Ici, je croise des avocates, des femmes qui travaillent dans la finance, elles sont hyperféminines lorsqu’elles arrivent et lorsqu’elles repartent mais entre les deux, c’est autre chose, c’est la loi du ring. Tu t’en fous de ton apparence, on laisse les clichés au vestiaire. »

  • Sports de défonce


Ainsi, les femmes qui pratiquent des sports de « défonce », comme les appelle Guy Missoum, n’en revendiquent pas moins leur féminité. « On peut s’investir dans ces sports à un moment de sa journée et à un autre moment, rechercher de la tendresse, rester féminine. J’appelle ça le Switch. Dans une journée, il y a plusieurs séquences. La séquence professionnelle, la séquence privée ou familiale et la séquence sociale ou loisirs. Et à chacun de ces moments différents, on peut être soi-même différent. »

Alice Varela, du haut de ses 29 ans conclut : « Capable de prouver qu’on peut réussir, c’est important. Et si ce n’est pas dans sa vie pro ou dans sa vie perso, ce peut être dans le sport. Parvenir à aller au bout de soi-même, c’est le plus beau et le plus grand des défis. »


* « La fierté d’être soi » (Leduc.s Éditions)
** « Sports, école, société : la différence des sexes » (L’Harmattan)
*** « Sociologie du sport » (La Découverte)