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Mais pourquoi vouloir mordre la poussière ? (2/3)


Boxe, CrossFit, ultra-trail ou encore rugby, aujourd’hui les femmes sont de plus en plus nombreuses à truster des sports habituellement chargés en testostérone. Se battre, s’abîmer, se dépasser… elles revendiquent le « no limit ».
Surtout si ça fait « mâle ».



Ces sportives qui montrent les poings, soulèvent de la fonte ou combattent au corps-à-corps, seraient-elles des féministes qui s’ignorent ? « Je pense que c’est très conscient au contraire, affirme Jacques Defrance***, sociologue et historien du sport. Mais c’est une prise de conscience individuelle, ce n’est pas organisé. Et c’est dommage car on pourrait attendre du sport qu’il offre des ressources originales pour défendre des valeurs féministes, ce n’est pas le cas. Les femmes se sont toujours affirmées d’un côté dans le sport, dans l’autre en politique ; ce sont deux sphères d’intervention distinctes. Cela tient au fait que le monde du sport a toujours voulu rester apolitique. Or, c’est compliqué, car pour faire bouger les choses, il faut une démarche collective. »

  • Trop musclées


Qui n’est pas encore d’actualité. Les femmes elles-mêmes n’étant pas toutes de ferventes admiratrices de celles qui osent aller défier les hommes sur le terrain de la force, de l’affrontement et de l’engagement physique. D’autant qu’on les taxe souvent de vouloir reprendre les codes masculins à leur compte. Physiquement, elles correspondent rarement aux canons de beauté actuels : trop musclées, trop viriles, elles seraient l’antithèse de la séductrice. Catherine Louveau explique très bien que si encore peu de femmes choisissent les sports « de tradition masculine », c'est qu'ils ne s’accordent pas avec les catégorisations spontanées à partir desquelles femmes et hommes jugent ce qui convient ou non à une femme. Sandrine, adepte de boxe anglaise (voir encadré), confirme : « Se bagarrer dans la rue, se servir de ses poings, c’est un truc de mec. Pour nous les filles, c’est très mal vu d’exprimer cette violence qu’on a en nous. » Ainsi, la plupart s’interdisent-elles de pratiquer un sport qui ne serait pas compatible avec les diktats de la société.

  • Attention, (pas) fragile !


Pour celles, au contraire, qui considèrent que la femme doit occuper l’espace sportif sans aucune exception, y compris en pratiquant des activités considérées à tort comme masculines, il est souvent question de prouver qu’être femme ce n’est pas être fragile. Comme s’il fallait se forger une cuirasse pour mieux refuser les limites qu’on leur impose : « Les femmes ont de tout temps et en tout lieu été la proie des prédateurs masculins, note Jean-Paul Labedade. Par la pratique de ces sports de combat ou issus d’entraînements militaires, elles compensent une extrême vulnérabilité, là se trouve leur motivation. Et dans cette motivation on perçoit une certaine jouissance, celle de tenir leur revanche sur les hommes. »

Alice Varela, la rugbyman, ne cache pas sa satisfaction à prouver aux hommes qu’elle est capable de les challenger sur leur territoire : « L’idée d’être forte, l’égale des hommes, ça me parle. La majorité des gens qui viennent voir du rugby sont surpris : "Vous vous rentrez dedans !" Oui, on se met les mêmes tampons que les hommes, on va au contact. Les filles sont considérées comme des cadettes, pas comme l’élite. Moi je dis aux hommes : venez nous voir jouer et on en reparlera ! »
(...)

* « La fierté d’être soi » (Leduc.s Éditions)
** « Sports, école, société : la différence des sexes » (L’Harmattan)
*** « Sociologie du sport » (La Découverte)