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Mais pourquoi vouloir mordre la poussière ? (1/3)


Boxe, CrossFit, ultra-trail ou encore rugby, aujourd’hui les femmes sont de plus en plus nombreuses à truster des sports habituellement chargés en testostérone. Se battre, s’abîmer, se dépasser… elles revendiquent le « no limit ».
Surtout si ça fait « mâle ».

Reconstruction identitaire, revendication féministe, esprit de revanche, affirmation de soi… Qu’est-ce qui pousse de plus en plus de femmes à choisir des sports « rudes », longtemps chasse gardée des hommes ?

La boxe, le self-défense, le rugby, l’ultra-trail ou encore le CrossFit, rien ne semble les arrêter. Aller contre les idées reçues, dépasser ses limites, endurer et ne pas moufter.
« Ma mère me dit souvent : "Mais pourquoi tu te fais mal comme ça ?". Je lui réponds : "Parce que c’est ce que j’aime, me faire mal" », confie Alice Varela, capitaine de l'Équipe de France féminine de rugby à XIII. Faire de la souffrance une exquise friandise. Un point commun chez ces sportives qui veulent aller au bout d’elles-mêmes : « Le matin, si je ne me lève pas avec des courbatures, c’est comme si quelque chose clochait, raconte Stéphanie, adepte de krav maga et de parkour. Mon corps réclame sa dose de souffrance même si je sais que tout ça, finalement, c’est dans la tête. »

  • Prouver


Dans la tête ? Pour prouver quoi ? À qui ? « Les femmes ont l’esprit de conquête. Psychologiquement, elles sont capables d’aller extrêmement loin, explique Guy Missoum*, docteur en psychologie, ancien directeur du laboratoire de psychologie du sport à l’INSEP. Elles n’hésitent pas à se remettre en question, à oser l’inconnu, quand les hommes sont souvent dans la comparaison permanente avec l’autre et n’aiment pas se retrouver dans la difficulté. L’idée pour celles qui se dépassent n’est pas tant de se mesurer à autrui mais de se vaincre soi-même. » Le psychologue du sport Jean-Paul Labedade abonde : « Elles sont à la recherche d’un idéal. Il s’agit d’avoir une vie la plus pleine possible, de placer la barre très haut. Aujourd’hui, c’est à travers le sport dans ce qu’il a de plus extrême. »

  • S'émanciper


Au-delà de l’effort physique, aller se frotter aux pratiques dites
d’ « exténuation », comme les sports intenses type CrossFit inspiré des entraînements militaires ou encore l’ultra-trail, participerait-il à l’émancipation des femmes ? « C’est une tendance émergente mais on ne peut pas encore parler de tendance lourde, modère la sociologue Catherine Louveau**. Il faut attendre plusieurs années pour savoir si elle sera dominante. Mais c’est intéressant de s’interroger sur le profil de ces femmes : Qui sont-elles ? Ont-elles une trajectoire commune ? Qu’est-ce qui les pousse à aller vers des pratiques militaires ? Ce sont en tout cas des femmes porteuses d’une certaine représentation, c’est dire aux petites filles qu’elles ne sont pas forcément destinées à être danseuses. »
(...)


* « La fierté d’être soi » (Leduc.s Éditions)
** « Sports, école, société : la différence des sexes » (L’Harmattan)