enregistrerfermerprécédentsuivant
zoom

Pas de bourses,

Pas de courage ?


Ce matin, mon fils de 15 ans est entré dans la salle de bain à 7h15. A 8h, il n’en était toujours pas sorti. Inquiète qu’il manque son bus scolaire, je lui ai alors crié à travers la porte : « Qu’est-ce que tu fais, ça fait des heures que t’es dans la salle de bain, t’es pire qu’une fille ! ».

Cette phrase a eu un effet inespéré sur lui puisqu’il a immédiatement ouvert la porte mais ce fut pour me lancer goguenard, « Ça, c’est pas digne de toi, maman ! ».

Quelle responsabilité sur nos épaules tout de même que de devoir réapprendre un langage égalitaire ! Et ça passe par l’éradication pure et simple de ces petites phrases multi répétées à leurs enfants par les mères et les pères au fil des années, et qui sont tellement ancrées dans nos esprits qu’on ne s’en rend plus compte.

Car, on pense, à tort, qu’elles ne font pas de mal, ces expressions ! Or, c’est justement, leur côté anodin qui nous trompent. Dans ces petites phrases, on loge des idées.

Pour en revenir au pire. Le chanteur M.Pokora disait récemment dans une interview « J’aime la mode, je suis pire qu’une fille ! »

Certes, les femmes peuvent passer beaucoup de temps dans leur salle de bain, elles ont le droit d’aimer le shopping, mais ça ne doit pas les réduire à des êtres futiles et plus préoccupées par leur apparence que par le monde qui les entoure.

Or, dans Le Larousse, la définition du mot « pire » est celle-ci : « Sert de comparatif et de superlatif de supériorité à l'adjectif mauvais. »

  • Gare à toi si tu plais !


Ainsi, nous voilà mauvaises parce que nous souhaitons plaire.

D’autres expressions sexistes banalisées, entendues dans la rue, en famille, dans les cours d’école, nous démontrent à quel point nous sommes déconsidérées autant aujourd’hui qu’hier.

Et les lois n’y changeront rien.

Ce sont les « Pleure pas comme une fille », les
« Bats-toi, t’es pas une gonzesse ! » ou encore le fameux « Avoir des couilles » parce qu’apparemment le courage serait logé dans les bourses de ces messieurs…

Donc, ces expressions entrées dans le langage courant font rire tout le monde, y compris les femmes qui n’ont pas besoin des hommes pour valider ces clichés.

Et de là aussi vient cette complexité aujourd’hui de nous revendiquer égales des hommes pour nous épanouir pleinement.

Nous sommes souvent nos propres ennemies.

J'intervenais dernièrement lors d'un petit déjeuner débat du réseau féminin Pluri'Elle assurance sur le thème vaste mais riche : « De la complexité d’être femme aujourd’hui. » Et j'y soulignais que le mot "aujourd’hui" est important car jamais nos revendications ne se sont autant heurtées à notre éducation de fille.

Nous aimerions être l’égal des hommes mais nous concourrons activement à nous décrédibiliser. Nous aimerions à la fois être considérées comme des Wonder Women et être traitées comme des princesses.

Savez-vous qu’au Danemark, les hommes et les femmes partagent l’addition lors de leurs dîners, y compris au premier rendez-vous ? Ils partagent le cinéma et même le prix de l’essence lorsque monsieur conduit madame, et vice-versa !

Voilà une réelle égalité et, pourtant, nous les Françaises aurions tendance à trouver ça dommage. Avouez que ça manque de romantisme, non ?

  • Sur quel front se battre ?


Alors que faire ? Au-delà des travers dont je vous ai parlé et dont il faut assurément se méfier, il est un point important à ne jamais oublier il me semble, c’est que si nous demandons l’égalité, nous devons respecter nos différences. Egalité ne veut pas dire semblable; c’est un équilibre que nous demandons.

J’aime bien ce mot "équilibre" car il régit tout, il apaise et il rend justice. Si les hommes et les femmes ne trouvent pas un équilibre, tant au niveau social, politique et financier, notre quotidien ne nous paraîtra jamais satisfaisant car il nous manquera toujours quelque chose et ce quelque chose c’est le respect de ce que nous sommes.

Comment supporter l’idée que l’homme est supérieur à la femme ?

Mais comment aussi expliquer qu’on nous doit ce respect sans pour autant nous comporter comme des hommes ?

C’est cela toute la complexité d’être femme aujourd’hui.

Et pour vous, qu’est-ce qui vous semble difficile en tant que femme aujourd’hui ?