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Le sport féminin ? En pleine lucarne !


Les chiffres le prouvent : le public se passionne de plus en plus pour les compétitions féminines. D’où un intérêt grandissant des médias et des sponsors. Ce n’est qu’un début.

Et si l’essor du sport féminin à la télévision n’était qu’une histoire de bricolage ? « Tout est parti de choix éditoriaux liés à des contraintes, explique Christophe Lepetit, économiste du sport au CDES (Centre de droit et d’économie du sport). Les petites chaînes gratuites ne pouvant s’offrir d’événements sportifs masculins, elles se sont tournées vers des pratiques féminines afin de pouvoir inscrire du sport dans leurs grilles. Elles ne prenaient pas un risque majeur, les droits étant peu chers. Ça a fonctionné et on a vu d’autres chaînes comme C8 ou W9 s’y intéresser aussi. Aujourd’hui, c’est au tour de grandes chaînes nationales. On est donc passé de la chaîne câblée à la TNT puis en prime time sur France 2 pour l'Euro de foot féminin. Et demain, pourquoi pas sur TF1 qui a acheté les droits de diffusion de la Coupe du monde 2019 en France ? On peut alors dire qu’il y a une évolution et qu’elle est positive. »

  • Jackpot


Positive et visible. Certaines chaines défendent la parité dans leurs grilles, les sports féminins y étant globalement autant représentés que les sports masculins. C’est notamment le cas de la chaine L’Equipe qui surfe ainsi sur une réelle tendance : selon la dernière étude du CSA sur le thème « Sport et télévision » dévoilée début juillet, entre 2011 et 2015, quatre des dix meilleures audiences des chaînes de la TNT gratuite* sont des compétitions sportives féminines. Et qui dit bonnes audiences dit jackpot. Ce fut notamment le cas en 2015 pour W9 lorsque la petite chaîne du groupe M6 diffusa le Mondial de foot féminin. Le public se passionna pour les Bleues jusqu’à l’apothéose : un quart de finale suivi par 4 millions de téléspectateurs (26,2 % du public), la plus forte audience jamais réalisée par une chaîne de la TNT. Résultat : le montant publicitaire engrangé battit lui aussi tous les records.

  • Cercle vertueux


Une excellente affaire qui a fait réfléchir le reste du paf (paysage audiovisuel français). Qui commence enfin à entrevoir un intérêt à diffuser du sport féminin. Intérêt partagé par les sponsors et les autres médias. Un cercle vertueux est donc en train de s’enclencher : « Le sport féminin devient attractif et spectaculaire, relève Christophe Lepetit. Les femmes sont plus performantes que jamais mais elles sont aussi les nouvelles représentantes des valeurs du sport. Le sport masculin a connu de très nombreuses dérives qui ont terni son image et tout cela contribue à renforcer l’attractivité des compétitions féminines. »

  • Tendance positive


Un sport féminin qui a représenté l’an dernier entre 16 % et 20 % du volume horaire de diffusion de retransmissions sportives, contre 14 % en 2014 et 7 % en 2012**. Pour autant, il y a encore du chemin à faire. Mais la tendance est positive, les chiffres d’audience démontrent en effet que « le sport féminin dispose d’un public à fidéliser et à développer et que les femmes sont des consommatrices de sport dans les médias, il faut maintenant les conquérir », comme le note l’étude CDES/FDJ 2017.

Enfin, les avancées en matière de parité sportive, que ce soit dans les médias ou dans les priorités des sponsors, semblent également reposer sur les épaules des athlètes françaises elles-mêmes : « Ce qui intéresse le public, c’est l’équipe de France, note Christophe Lepetit. L’effet patriote aura de l’effet sur les audiences. » Autrement dit : plus les filles sauront prouver ce qu’elles savent très bien faire, plus le sport féminin fera parler de lui. Le pari est lancé. Et il sera relevé.

* Hors chaînes dites « historiques »
** Selon les études CSA et CDES pour FDJ (2017)