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Cachez ce gamin

que je ne saurais voir…


Je n’ai pas pour habitude d’écouter aux portes. Mais, la semaine dernière, la tentation était trop forte. J’accompagnais une amie à son premier rendez-vous à Pole Emploi, expérience suffisamment traumatisante pour devoir soutenir les copines en pareil cas, mais c’est une autre histoire.

A quelques tables de moi, en plein cœur de la salle d’attente, se déroulait un rendez-vous de préparation à un entretien d’embauche. Rien de bien confidentiel en réalité, uniquement divers conseils glissés à une demandeuse d’emploi qui reprenait le chemin du boulot après avoir accouché de son deuxième bambin.

La conversation fut pourtant édifiante. Elle résonnait comme d’un autre âge (cette époque où le poste de travail d'une bonne mère de famille, c'était sa cuisine) et je fus stupéfaite de la façon dont les choses étaient exprimées sans que jamais la conseillère et l’allocataire ne les remettent en question. La première déroulait son scénario avec assurance, la deuxième hochait docilement la tête.

-Lors de votre entretien, assena la conseillère, vous dites que vous avez deux enfants dont un bébé, ça bien sûr, vous ne pouvez pas le cacher. En revanche, il faut rassurer, répéter que vous n’aurez jamais de problème à cause de votre maternité car vous avez une nounou, la grand-mère aussi qui sera disponible en cas de besoin ; que l’emploi du temps de vos enfants est suffisamment bien organisé et géré pour que vous n’ayez pas à vous en soucier lorsque vous travaillez… »

(NDLR : Je ne constate ici aucune mention du père, et vous ?)

-Oui, oui, je connais, j’ai déjà dit tout ça après ma première grossesse, répondit l’allocataire. Je suis tombée sur un patron qui m’a carrément dit : « Vous commencez par un enfant, puis l’année suivante c’est le deuxième, l’année d’après, un p’tit troisième… ». Je lui ai répondu : « Ah bon ? Vous les faites comme ça, vous ?! »

J’aime assez cette réponse qui aurait mérité un bien meilleur accueil de la part de la conseillère qui ne trouva qu’à froncer les sourcils et répéter qu’il faut la jouer « plus finement ».

  • Faites des enfants, pas carrière !


Est-ce à dire qu’il faille continuer à être complice d’un système qui tente (encore et toujours) de discréditer professionnellement la mère de famille?

Par ses discours, parfaitement huilés depuis des années, Pôle Emploi se montre ainsi le redoutable acolyte des recruteurs misogynes. Il y a là un fossé incroyable entre les discours tenus dans les entreprises sur la parité ou l’égalité homme-femme et ceux encore communément observés dans la société. Rappelons que l’une des missions de Pôle Emploi est « la mise en relation de l'offre et de la demande d’emploi, en participant notamment à la lutte contre les discriminations à l’embauche et à l’égalité professionnelle. »

Le « Faites des enfants, pas carrière » demeurera d’actualité tant que nous n’aurons pas choisi, tous ensemble (car est-il besoin de le souligner encore, les hommes sont indispensables à cette (r)évolution), de revendiquer notre droit à être mère et femme active. La maternité et la carrière font bon ménage, quoi qu’on en dise.

La crise ne nous facilite pas le travail, c’est un fait. Mais, il me semble, que c’est en assumant nos rôles publiquement (de femme, de mère, d’exécutive woman, d’épouse, que sais-je !) que nous parviendrons à décrocher le sésame de l’égalité. Et non pas en suppliant du regard un DRH, en répétant en tremblant qu’on a des mômes, certes, mais qu’au bureau, c’est juré, on veut pas en entendre parler ! Autant accepter de jeter bébé à la poubelle. Là où résidera déjà notre fierté.