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Business et bouddhisme
font-ils bon ménage ?


Audacieuses lectures pour une seule matinée : le numéro de janvier du magazine « Management » et le dernier opus que signe le moine Matthieu Ricard avec ses deux potes « sages », le psy Christophe André et le philosophe Alexandre Jollien *. Sacré grand écart. Et question existentielle : business et bouddhisme font-ils bon ménage ?

Si l’on en croit l’édito de Lomig Guillo dans le magazine dédié aux managers, il semblerait bien qu’hélas les préceptes du Bouddha n’aient guère pénétré les bureaux chaleureusement moquettés d’un certain nombre de grands patrons, ces derniers s’évertuant à faire de leur business un univers impitoyable.

D’un côté, donc, un Matthieu Ricard qui, avec ses collègues méditants (et méritants), s’évertue à inciter à la bienveillance, à la compassion et à l’empathie et de l’autre, des établissements ayant pignon sur rue et qui n’ont cure de mettre en péril les petites entreprises (celles-là même donc qui connaissent la crise) de leurs fournisseurs et prestataires, en jouant avec les délais de paiement. C’est le monde du « Payez quand vous voudrez ! ». Et Lumig Guillo de rappeler qu’un quart des 60 000 faillites annuelles en France seraient dû à des retards de règlement, soit 15 000 sociétés contraintes de fermer « non pas parce qu’elles manquent de travail mais parce que celui-ci ne leur a pas été payé en temps et en heure. »

  • Compassion, va jouer plus loin !


Bercy l’a compris et a décidé de punir, en publiant le Top des mauvais payeurs (dont les deux premières places reviennent à SFR et Numéricable appartenant au milliardaire Patrick Drahi). Cette délation, juste ou non, utile ou non, ne serait peut-être pas du goût du Dalaï-lama qui prône l’altruisme en toutes circonstances.

Pour autant, le chef spirituel ne peut nier le fait que certains manquent cruellement de compassion qui, pour rappel est « la forme que prend l’altruisme quand il est confronté à la souffrance d’autrui. »

Dans un entretien, à la question : « peut-on transformer le loup capitaliste en agneau altruiste ? », Matthieu Ricard répondait : « Le business doit profiter à la société. L’argent est au service de la société, pas le contraire ! »

Et de s’engager depuis des années pour une économie solidaire, promenant sa robe de moine à l’ONU, au Forum de Davos, pour faire la promo de la bienveillance dans le monde du travail, faire que le business ne rime pas avec bassesse. M’est idée qu’il a encore du boulot.

*« Trois amis en quête de sagesse » (éditions L’Iconoclaste)