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L’amour, une nouvelle pression sociale pour les femmes ?



L’amour de nos jours n’a plus rien d'une comédie romantique américaine.
On peut s‘interroger : l’a-t-il jamais été ? Mais à l’époque des Meetic, des Adopte un mec et des Tinder, il n’y a plus à tergiverser : aujourd’hui, l’amour se trouve dans une appli. Tout dépend bien sûr de ce que l’on met dans ce mot désormais archi-galvaudé.

Selon Le Larousse, l’amour est une « inclination d'une personne pour une autre, de caractère passionnel et/ou sexuel. » Alors, oui, on peut associer les sites de rencontres à de l’amour. Même si d’aucuns affirment qu’il s’agit ici bien plus de sexe que de passion.

Mais là n’est pas la question. Car il est évident que les possibilités de rencontres via ces réseaux sont bien plus importantes qu’au coin d’une rue. La question essentielle, est de savoir à qui profite l’appli ?

Dans son livre « Labor of Love »*, la journaliste Moira Weigel s’intéresse de très près à ce qui a conduit les femmes à se laisser piéger par ces outils où l’instantané est roi, où l’image prend le pas sur les mots, où la connaissance de l’autre n’est qu’une option. La rencontre n’est plus un plaisir mais un travail. Sous-titré « L’invention du dating », le livre analyse la stratégie de séduction des femmes, cette pression supplémentaire qui repose sur leurs frêles épaules, quelles soient mariées ou célibataires, mais toujours désœuvrées.

Comme elle le dit si bien au magazine Glamour :
« Dater est devenu un travail. Physique : il faut rester mince, bien habillée, appliquer toutes sortes de transformations à son corps. Travailler sur soi (…). Il faut manager ses émotions pour ne pas effrayer les hommes –savoir se montrer affectueuse, mais pas trop en demande, sexy mais pas avide, avec du caractère mais pas hystérique. Cela demande du travail d’incarner la version de soi qui pourrait séduire un étranger. » Et plus encore lorsque ça passe ou ça casse. Un verre partagé doit être une promesse immédiate. Dès la première minute (l’apparition de la photo en mode réel), le couperet tombe : oui, non, pourquoi pas faut voir…

Et Moira Weigel de comparer ce labeur de séduction à l’obligation de sourire de la serveuse en attente de pourboires, « rester charmante même quand on se fait insulter. »

Cesser de croire que les femmes doivent être choisies par les hommes, c’est le postulat de l’auteure qui en appelle au « lean out » par opposition au fameux
« lean in » de Sheryl Sandberg, la grande prêtresse des femmes actives, qui invite ces dernières à ne rien lâcher pour réussir. Réussir dans un monde d’hommes, certes, mais par ambition professionnelle non par ambition amoureuse.

« Pour être digne d’être aimée, confie encore Moira Weigel à Glamour, nous perdons notre temps et notre argent dans des choses qui n’ont rien à voir avec l’amour et tout à voir avec la haine de soi : le shopping, les cosmétiques, la chirurgie esthétique ».

Ainsi, pour ne pas rester seule, il convient de se transformer en poupée pour parvenir à capter l’attention d’un homme qui, face à la demande, juge, jauge, jette et rejette. Sans y mettre les formes parfois.

Car la rencontre 3.0 est facile. Et Internet a bouleversé ses codes. Elle y a ajouté de la cruauté. Il ne s’agit plus de croiser un regard alors qu’on ne s’y attend pas, il s’agit de provoquer l’émotion, de la convoquer. En espérant que s’enflammera un cœur qui bat au rythme des profils postés sur une appli.

« Si le mariage est un contrat à durée indéterminée que beaucoup de daters espèrent obtenir, le dating en lui-même ressemble souvent à la forme la plus précaire du travail contemporain : le stage non rémunéré », écrit Moira Weigel.



« Labor of Love » (éditions Farrar, Straus & Giroux Inc)